Zoofest: Les Meilleurs ennemis du monde

Ce jeudi débutait, à Montréal, l’un des festivals les plus attendus et les plus courus année après année : Le Zoofest, festival des artistes émergents. Pour bien commencer mon festival, j’ai choisi ce qui était, à mes yeux, une valeur sûre et j’ai nommé le spectacle de Charles Beauchesne et Charles Deschamps, Meilleurs ennemis du monde. J’avais bien hâte de voir ce spectacle qui est en quelque sorte né à la suite d’une collaboration entre les deux Charles pour présenter un prix lors du Gala de la Relève (un genre de gala des Olivier privé pour les artistes de la relève de l’humour). En novembre dernier, devant leurs compères, ils avaient tout cassé, alors j’avais hâte de voir comment c’était pour être devant le grand public et de constater si leurs « insides jokes » auraient autant de répercutions.

Charles Deschamps et Charles Beauchesne sont les Meilleurs ennemis du monde. Photo par Marie Jetset

Charles Deschamps et Charles Beauchesne sont les Meilleurs ennemis du monde. Photo par Marie Jetset

Bref, c’est au Café Cléopâtre que débutèrent pour moi les festivités. Dans un numéro d’entrée en duo, les deux Charles nous ont expliqué comment ils en sont venus à travailler ensemble, eux que tous les gens de l’industrie semblent confondre lorsqu’il est temps de leur envoyer un message sur Facebook ou un simple courriel. Il faut dire qu’en plus de porter chacun le même prénom et d’avoir dans leur nom de famille le son « chhhh », comme le dirait si bien Charles Beauchesne, ils ont aussi le malheur (ou le bonheur) d’avoir chacun une soirée d’humour le même soir, dans des bars situés dans le même quartier.

J’ai bien aimé ce numéro de présentation, qui avait les airs d’un bien cuit (ça tombe bien, Charles Deschamps produit aussi le Show du Roast !), où chacun se taquinait sur ses travers physiques, professionnels ou personnels. Pour éviter de tomber dans la méchanceté, ils font aussi beaucoup d’autodérision. Un peu comme quand Charles Deschamps se dit être le Howie (chanteur des Backstreet boys) du Bordel Comédie Club, dont il est un des illustres propriétaires. J’ai bien aimé quand Charles Beauchesne lui a rappelé que bien qu’il ait participé à Tout le monde en parle, il avait l’air de l’animal de compagnie des autres propriétaires connus et que ce ne serait pas gage de succès pour sa carrière, car après tout, « Raël et Normand L’Amour » sont aussi passés par là. De quoi faire éclater de rire la foule !

Charles Deschamps. Photo par Marie Jetset

Charles Deschamps. Photo par Marie Jetset

À la suite de cette présentation, c’est dans l’univers de Charles Deschamps que nous avons plongé. Oui oui, je dis « univers », bien qu’habituellement on réserve ce terme aux artistes plus contemporains, ayant un art plus abstrait. Bien que Charles D. ne soit pas absurde, sous ses airs de gentil garçon se cache un humour un peu « trash », cru, qui ne passe pas par quatre chemins.

Bien que dans son premier numéro, il nous raconte qu’il cachait un écouteur dans ses oreilles quand il visitait sa grand-mère, on ne peut qu’être charmé lorsqu’il nous dit l’imaginer rapper avec pour refrain « moi, dans mon temps », se berçant dans sa chaise berçante comme un rappeur se balance par en avant. J’ai ressenti, dans cette comparaison, une belle sensibilité de la part de l’artiste.

Par la suite, il nous parle de ses nombreuses maladresses et des malaises qu’il lui arrive de causer, que ce soit la fois où il a posé les questions les plus malaisantes du monde à un conférencier sur la prévention du suicide ou encore quand il raconte à quel point il est nul pour se trouver une blonde. D’ailleurs à ce sujet, c’est là qu’il a les anecdotes les plus croustillantes, en nous racontant, par exemple, son attirance pour les MILF et les cougars. Comme il aime le dire «  il y a des gars qui aiment la peau douce, moi j’aime la peau lousse! ».

On ressent une grande naïveté, à travers ses anecdotes, ce qui nous porte soit à s’identifier à lui, soit à compatir à sa cause. Inévitablement, nous en sommes charmés.

Charles Beauchesne. Photo par Marie Jetset

Charles Beauchesne. Photo par Marie Jetset

Après environ 25 min de blagues, il a ensuite laissé le micro à son homonyme au chandail rayé. Charles Beauchesne nous présente alors une suite logique à son spectacle de 60 minutes de l’an dernier, Bienvenu dans mon cauchemar. Dans son introduction, il essaye de nous faire croire qu’il est possiblement une mauvaise personne, parce qu’il est du genre à donner des conseils louches dans des fêtes d’enfants ou encore de dire aux gens de prendre de la drogue jusqu’à ce qu’ils retrouvent le bonheur. Mais bien qu’il essaye tant bien que mal de se faire passer pour un trou de cul de la pire espèce, on ne peut que ressentir toute la bonté qui résonne en lui.

Dans cette semaine médiatiquement mouvementée du côté du féminisme, Charles Beauchesne nous a présenté un numéro qui porte matière à réflexion, où il nous rappelle combien il est difficile d’être une femme dans la société d’aujourd’hui. Avec pour prémisse que s’il avait été une femme il aurait pris ses seins pendant 20 min pour un pendule de Foucault (ce n’est pas moi qui le dis, c’est lui), il a vite enchaîné avec le fait que nous sommes constamment exposés à toutes sortes de formes de harcèlement sexuel, en présentant entre autre le comparatif d’un homme et d’une femme lorsqu’ils marchent dans la rue : La femme peut se faire lancer toutes sortes de remarques, alors que l’homme marche comme si de rien n’était. À cet exemple s’est greffé l’anecdote de la fois où il a donné un lift à une inconnue sans le vouloir, en misant entre autres sur son insouciance (la fille l’avait tout bonnement arrêté dans la rue pour monter sa voiture et avoir un lift), mais aussi combien il n’était pas normal qu’il ait eu la fierté de ne pas avoir été un prédateur sexuel. Je reconnais que dans mes mots, ça peut avoir l’air d’un sujet lourd, mais je vous garantis que sous les mimiques et le verbe de Charles Beauchesne, vous serez subjugués de par l’intelligence de ses propos.

Par la suite, Charles donne davantage dans la légèreté en nous parlant de la malédiction qu’il a lorsqu’il commande un plat au restaurant. Il nous a alors servi une anecdote sur la complexité d’avoir un latté au beurre pacane dans certaines chaînes de café. Il a aussi sauté du coq à l’âne en nous parlant du fait que la télévision commençait de plus en plus à nous prendre pour des idiots, en particulier les chaînes spécialisées. S’en est suivi une sérénade sur les documentaires d’animaux mythiques, qui relève la plupart du temps de l’univers des contes et des légendes. Une montée de lait qui aurait été digne de passer à C’est juste de la tv.

Cette douce rencontre des deux Charles s’est terminée sur un numéro en duo des plus improbables. Disons juste que nous aurions facilement pu voir ce genre de finale dans un spectacle des Pic Bois…

Bien que pendant 60 minutes, les garçons essayent de nous prouver leurs différences, on finit tout de même par y trouver plusieurs similitudes. Et ici je ne parle pas juste du fait que les deux nous ont cité ou ont fait référence à Harry Potter dans leurs numéros. Ils ont des similarités dans leurs maladresses, leurs désirs de trouver le grand amour, mais surtout cette volonté d’égayer nos vies de par leur humour. Leur dynamique n’est pas sans rappeler celle entre les personnages de Jonah Hill et Channing Tatum dans 21 Jump Street, sauf que je n’ai pas encore décidé de qui entre Beauchesne et Deschamps faisait Channing…

Les meilleurs ennemis du monde : 11-14-14-16-18 juillet, 22h30 au Café Cléopâtre, en haut des danseuses.

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