11 vies de passage à Val-d’Or

 

Photo courtoisie du Festival d'humour de l'Abitibi-Témiscamingue

Photo courtoisie du Festival d’humour de l’Abitibi-Témiscamingue

Cette année encore, j’ai profité de mon passage à Val-d’Or, dans le cadre du festival d’humour de l’Abitibi-Témiscamingue, pour voir l’un des derniers spectacles de la tournée des finissants de l’École Nationale de l’humour, cohorte 2015. Je le sais, vous vous dite sans doute « pourquoi aller les voir si loin quand ils se produisent à Montréal maintes fois durant le Zoofest ? ». La raison est fort simple : j’aime les voir en terrain neutre. En étant loin de leur parenté et amis, je m’assure d’avoir une salle « impartiale », donc avec des réactions moins partisanes. En prime, le public de Val-d’Or est un fin connaisseur d’humour, avec son festival qui en est à sa 18e édition et ses salles qui se font pratiquement toutes combles lors du passage des humoristes de l’heure. Bref, le centre culturel de Val-d’Or était l’endroit idéal pour voir le « produit final » de ces finissants de 2015.

Le spectacle de cette année porte le nom de 11 vies et il est sous le thème d’un écrasement aérien du « Malaises Airline ». Les 11 finissants y survivent, un peu à la manière de la série Lost. La mise en scène du spectacle a été signée par nul autre que Serge Postigo. Notons que c’est aussi M.Postigo qui avait mis en scène le spectacle des finissants, présenté peu avant Noël.

Après un numéro d’ouverture de groupe qui établit les balises et l’atmosphère du spectacle, c’est l’humoriste David Foh qui a eu la tâche de partir la machine. C’est avec un numéro sur la mort qu’il nous a fait rire. David était très à l’aise sur scène et il a su installer un climat de confiance avec le public. S’en est suivi Éliane Trahan, qui nous a offert un numéro sous le thème de la pitié. Si j’ai été charmé par la première partie de son numéro, où elle nous fait d’ailleurs un « stunt » (non je ne vous dirai pas c’est quoi, je ne veux pas briser la magie), elle m’a beaucoup déçue lorsqu’elle dévia son sujet pour dire qu’elle fait pitié « d’être une fille en humour ». Je trouve ce genre de discours très réducteur en 2015, surtout que depuis quelques années, on tend à faire changer les mentalités avec les Korine Côté, Mariana Mazza et Katherine Levac de ce monde. Malgré cette anicroche, le public a eu l’air de bien apprécier sa présence.

Par la suite, ce fut au tour de Marc-André Beaulieu de s’exécuter sur scène. J’avais hâte de voir le numéro de tournée de Marc-André, puisque j’ai la chance de le voir évoluer depuis quelques années dans le circuit des bars. Pour sa part, Marc-André nous a offert un numéro sur ses tocs et petites manies, dans un style qui n’est pas sans rappeler un mélange d’Olivier Martineau (par le ton de la performance) et Louis-José Houde (par le souci du détail de ses anecdotes). Bien que le texte fût intéressant et drôle, je n’ai pas senti que Marc-André habitait son « clown intérieur ». Le sujet lui allait parfaitement, le texte était bon, mais le jeu est, à mes yeux, à retravailler.

Après le passage de Marc-André, nous avons eu la chance de faire la rencontre d’un des humoristes les plus colorés de la cohorte 2015 de l’École Nationale: Daniel Pinet. Daniel est l’Acadien de cette cohorte et pour son numéro de tournée, il nous a fait le plaisir de nous faire l’historique de son peuple, dans un ton à la fois proche du conte et du monologue humoristique. Et en quoi est-il coloré ? Par ses propos, sa personnalité et… Son habillement ! Du moins pour ce spectacle ! Disons simplement qu’il se peut qu’en le voyant vous faisiez le lapsus de le nommer Daniel Boon au lieu de Daniel Pinet. Il rock les manteau à franges comme pas un. Je suis certaine que vous aussi vous serez charmé par lui !

Photo courtoisie du Festival d'humour de l'Abitibi-Témiscamingue

Photo courtoisie du Festival d’humour de l’Abitibi-Témiscamingue

Après Daniel, ce fut au tour de Nicolas Audet de se présenter sur scène dans un numéro sur le fait qu’il est incapable de vivre en société. Les effets comiques de ce numéro venaient surtout du fait que Nicolas valsait entre un style parfois anecdotique, parfois très théâtral. Quoi qu’il en soit, le public a bien apprécié et moi aussi d’ailleurs.

La dernière avant l’entracte, et non la moindre, fut Rosalie Vaillancourt, celle que vous connaissez peut-être de par sa websérie Rosalie (où elle tente par tous les moyens que son chum la laisse). Pour son numéro de tournée, Rosalie est allée jouer dans l’anti-casting en nous offrant un personnage, Julie Rivard, une jeune autiste début vingtaine. Son personnage nous raconte à sa manière sa sexualité, mais aussi sa vision de la vie. C’est frais, c’est trash et c’est attachant. Oui oui attachant ! Je suis contente d’avoir pu voir cette facette de son jeu, car ce que j’avais pu voir sur scène auparavant me faisait penser un peu à du Cathleen Rouleau. Mais Rosalie est une artiste de tête et dévouée à son art. Vous n’avez clairement pas fini d’entendre parler d’elle (et c’est tant mieux !)

Après l’entracte, ce fut au tour de Gabriel Prévost. Il est venu nous tenir un discours geek et nous raconter une anecdote d’examen de conduite. Numéro sympathique, mais malheureusement pas le plus mémorable de la cohorte. Je crois que Gabriel gagnerait à prendre plus de confiance en lui et s’imposer un peu plus.

De Gabriel, nous sommes passés à Antoni Rémillard, qui est allé dans le classique des « punchs lines », ou comme on dit en bon français « une ligne, une blague ». J’ai bien aimé lorsqu’il a abordé le droit des femmes puisqu’il a su le faire sous un angle intéressant. Il risque de se faire remarquer par son style dans le circuit des bars, une fois que la tournée de l’ENH terminera !

Antoni a par la suite laissé sa place à Anas Hassouna. Son nom ne vous dit peut-être pas quelque chose, mais son visage vous est sans doute familier, car depuis quelques semaines, il prête ses traits à Herbie Monroe, l’intervieweur officiel du festival Zoofest! À l’occasion de la tournée, Anas nous a offert un numéro sur ses origines, en nous parlant entre autre du racisme. Dit ainsi ça peut vous paraître lourd, mais non ! La salle (incluant moi-même) a ri aux larmes. Il a le don de captiver le public rapidement. Allez le voir à Zoofest sous son vrai nom, vous serez ravis, je vous le dis !

L’avant-dernière du spectacle, Célia Gaudreault, nous a elle aussi offert un personnage, soit une prof de FPS remplaçante un peu coincée qui doit inévitablement remplacer le jour du cours d’éducation sexuelle. Bien qu’elle verse un peu dans les clichés, j’ai aimé le fait qu’elle ait adapté son numéro pour Val-d’Or, en comparant un phallus à la tour Rotary et le vagin aux mines. J’ai aimé son utilisation des pictogrammes. Par contre, j’aurais aimé un peu plus d’audace. Il faut dire que c’était le numéro qui coupait le plus le rythme au niveau de la mise en scène. Car, on va se le dire, il y a des années lumières entre un écrasement d’avion et un cours de FPS. Malgré tout, je serais curieuse d’en voir plus d’elle, afin de me faire une opinion claire par rapport à son type d’humour.

Enfin, c’est le Français de la cohorte, Roman Frayssinet, qui a eu le plaisir de clore ce spectacle, avec un numéro sur « qu’est-ce que l’amour ». Dans une poésie, un verbe empreint d’humour, il a tenté tant bien que mal de nous expliquer ce grand mystère de la vie. J’ai bien aimé son numéro. Par contre, je ne sais pas si c’est dû au fait qu’il était le dernier et que le public était fatigué, mais il n’a pas eu les réactions auxquelles je m’attendais. Je suis habituée de voir Roman « tout casser » quand il joue quelque part, mais pour Val-d’Or, je pourrais dire qu’il fait une entrée polie et moins fracassante que d’habitude. Ça fait partie de la réalité du métier !

À travers tous ses numéros solos, ce sont glissés quelques numéros de groupes, question de faire des transitions. J’aurais certainement pris davantage de Rosalie qui chante comme dans un film de Disney, mais j’en aurais aussi pris moins en ce qui concerne le sketch de la tapette à mouches. Faire des jeux de mots avec des synonymes d’homosexuels en 2015… « been there done that ». Laissez ça aux archives de Piments Forts et passez en mode 3.0.

Somme toute, les finissants de la promotion 2015 offrent un bon spectacle, qui donne le ton pour ce qui s’en vient en humour dans les prochaines années. Je vous conseille fortement d’aller les voir lors du prochain Zoofest et si la folie est aussi forte à Montréal qu’à Val-d’Or, dépêchez-vous de vous procurer un billet pour leurs représentations : ils seront sans doute rapidement « sold out » !

DATE ZOOFEST : http://zoofest.com/fr/spectacles/la-tourn-es-des-humoristes-cuv-e-2015-43

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