Le rire cinglant d’une matante qui s’insurge

On ne va pas se le cacher, je suis une « matante ». Une vraie de vraie là, celle qui suit ses petits feuilletons télé, qui écoute la radio FM de fin de soirée en fredonnant par cœur les refrains de Dassin à Ciccone, celle qui aime encore magasiner dans le catalogue d’un gros magasin à rayons malgré mes airs de Fashionistas et celle qui connaît le nom de ses Académiciens par cœur en émettant des sons stridents et des ultras-sons quand on me nomme mon candidat préféré. Oui oui une vraie de vraie «matante », la même un peu joufflue qui porte fièrement le legging l’été sous ses jupes pour éviter d’avoir les cuisses qui chauffe et qui rit des jeux de mots parfois douteux des animateurs des grandes variétés.

J’aurais pu me transformer en « matante beige » et plate, mais la vie en fait autrement en me mettant sur le chemin de l’humour. Je me souviendrai toujours du moment précis de ce tournant de ma vie, c’était le 7 octobre 2008, un mardi.

Le mardi avait toujours été une journée parmi tant d’autres. Sous les conseils d’un humoriste que j’aimais beaucoup et avec qui j’étais récemment devenue amie sur les médias sociaux, je suivis son conseil et je me présentai au St-Ciboire sans de trop grandes attentes sinon celles de rires. Guillaume en était à sa deuxième animation, il enfilait les souliers laissés vacants par son ami Ben . Je me souviens de l’avoir aperçu jaser avec tous ses invités et monter tout sourire sur scène avec ce petit œil brillant. Guillaume a le regard qui se met à pétiller lorsqu’il monte sur une scène. C’est sans doute ce qui le rend si charmant et attachant au travers de ses propos cinglants. Ses propos crus et directs, cette manière de nous faire réfléchir sur l’être humain m’avait beaucoup plu, car dès cet instant, il n’était plus question que je manque un mardi au St-Ciboire. L’humour était ma nouvelle foi et Guillaume l’un de mes gourous, dont j’étais fièrement la disciple.

Ce que j’aimais de Guillaume c’est qu’il me confrontait dans mes valeurs et ma façon de vivre et de voir les choses. Il amenait de nouveaux angles, de nouvelles perspectives. Je n’étais pas toujours d’accord avec les sujets abordés et je me souviens très bien être allée en discuter avec lui plusieurs fois après les shows. Petit sourire en coin, il prenait toujours le temps de m’écouter et d’échanger avec moi. Malgré ces légères anicroches, une belle relation de respect s’est créée entre nous.

Durant son année d’animation au St-Ciboire, je l’ai suivi dans sa folie, son univers, même si parfois il était cynique. Je me souviens de ses monologues entendus trop souvent, ceux qui en étaient à leurs premiers balbutiements, de Guillaume qui essayait de faire de nous des meilleures personnes en nous faisant rire de nos travers et ceux de la société.

C’est ce Guillaume que j’ai retrouvé le 17 octobre dernier. J’étais si fébrile pour lui, pour avoir suivi son parcours, son ascension, car pour passer du St-Ciboire au St-Denis il faut plus que simplement traverser la rue. Il faut bûcher fort, garder le cap sur ses convictions et ses rêves, même si parfois il faut porter une chemise jaune en satin et chanter ( les irréductibles de Guillaume comprendrons mon allusion). Devant une salle remplie à craquer d’amis, d’admirateurs finis, de critiques, d’hommes politiques et autres comiques, Guillaume nous a livré la marchandise. Il a pris de l’aplomb depuis l’époque du St-Ciboire, mais son petit œil brillant était toujours au rendez-vous.

Ses blagues je les connaissais déjà toutes, et je les ai toutes ri, à en avoir mal aux joues et à en pleurer. Oui oui, j’ai pleuré, un doux mélange d’euphorie et de mélancolie, parce que comme une « matante » j’ai été émue. J’étais contente de retrouver ses blagues comme l’on retrouve les vieux hits de nos chanteurs préférés, en me murmurant : « oh oui je l’aime cette blague-là ! ».  De mes yeux humides, je voyais un jeune homme réaliser son rêve de ti-gars, et comme une « matante » devant le show de ballet jazz de sa nièce, je me trouvais chanceuse d’avoir pu assister à toutes les étapes qui l’avait mené là.

Je m’appelle Marie-Soleil, je suis une petite grosse qui aime les leggings, une « matante » assumée et j’aime Guillaume Wagner même dans l’adversité. Parce qu’être la fan #1 c’est aussi être capable de dire haut et fort : » Je l’aime lui malgré tout ce que vous pourrez en penser ».  

D’ailleurs, merci Guillaume Wagner d’avoir fait de moi une « matante » ricaneuse, mais surtout une meilleure personne…

Fan un jour, fan toujours

À lire prochainement, je suis grosse, féministe et j’aime Mike Ward.

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