Anatomicité

« Si tout le monde avait sa place au soleil, tout ce qu’on réussirait à se faire entre nous autres, c’est de l’ombre »

 – Mathieu Bessette, propriétaire du Bingo B7.

Anatomicité, c’est le titre de la pièce que la troupe Tsunami nous présente dans le cadre du festival Zoofest au théâtre La Chapelle. Présentée en première le 23 juillet dernier, la pièce, portée à bout de bras par de jeunes comédiens de talents, nous en fait voir de toutes les couleurs sur notre société actuelle. Jouée depuis plus de trois ans, Anatomicité est rôdée au quart de tour par la troupe qui a vu le jour en 2003.        

Un immense fauteuil de velours sers, à lui seul, de décor dans l’univers de Mathieu Bessette, un obèse, chauve et consommateur compulsif de bière, de chips et de télévision. Le propriétaire de Bingo B7 est complètement obnubilé par son écran cathodique. On se demande particulièrement s’il le sait qu’il a une conjointe qui tente de communiquer avec lui.

Tandis que Mathieu est affairé à ses télé-achats, Call-Tv et autres télé-poubelles, une femme entre en scène, lui colle une moustache et lui enlève des cheveux. La conjointe de ce dernier, surprise de voir quelqu’un dans son salon, lui lance : « Vous êtes qui, vous? » « Je suis le temps, je ne fais que passer » lui répond la dame en lui dessinant des cernes sous les yeux. Déjà, le ton de la pièce est donné.

On se retrouve en plein univers absurde et surréaliste. On rit et on réfléchit beaucoup parce que la pièce de la troupe de théâtre Tsunami nous amène dans un tout-inclus à destination des « bobos » de notre société : la désillusion, l’effritement des liens, le temps qui passe, l’inertie, l’ennui, la déchéance du couple, l’isolement, la solitude… C’est l’ordinaire du quotidien qui tue, petit à petit.

C’est d’un goût aigre-doux de regarder en face ce que la société est devenue, la société américanisée qui se gave de malbouffe, qui devient obèse inversement proportionnel au cerveau qui se ramollit, brûlé par les ondes et les médias. C’est notre société, un peu, beaucoup malade, que l’on voit défiler sous nos yeux, sur le fauteuil de velours au centre de la scène.

Aux nouvelles télévisées, on voit défiler des hommes politiques, impeccablement joués par les comédiens qui profitent de l’occasion pour faire une critique de la désinformation, de notre politique, de notre implication dans les guerres qui ne nous concernent pas. Dans cette pièce satirique, on retrouve des ambulanciers-motards, une pathologiste portant le niqab et on parle même du « Occupy Boulevard Taschereau ».

À un certain moment, la conjointe de Mathieu le quitte avec leur fille, Bambino et ce dernier est toujours hypnotisé par sa télé. Réalisant plus tard le pathétisme de sa vie inerte et inutile, Mathieu décide d’en finir : « Quand tout le monde peut vivre sans toé, tu te dis que toi aussi, tu peux vivre sans toé.». C’est dans cette descente vers la mort qui sauve d’une vie morne que s’enchaine le reste de la pièce et donc, le destin de Mathieu.

Le jeu des comédiens est impressionnant tout comme le nombre effréné de changements de costumes dans la pièce. Les personnages, tous hauts en couleur, sont interprétés par quatre comédiens qui soutiennent parfaitement bien le rythme de la pièce. La mise en scène et les textes sont magistralement bien maitrisés par les interprètes qui ont retravaillé les scènes à quelques reprises dans les dernières années. Seul bémol : on a tellement voulu ratisser large dans la critique sociale que souvent, ça tombait à plat. Il aurait fallu une bonne demi-heure de plus à la pièce afin d’ajouter du matériel croustillant qui aurait pu rendre les critiques plus virulentes. En ce sens, le gag sur les accommodements raisonnables est pratiquement passé inaperçu, faute de « jus ».

Photo d’Anatomicité, gracieuseté de Zoofest

La troupe Tsunami composée de Martin Grenier, Jean-Benoit Archambault, Céline Brassard et Marie-Christine Pilotte, n’a pas fini de nous étonner. Retenez bien ces noms, vous les verrez défiler sous peu sur votre téléviseur…

… que vous pouvez éteindre aussi parfois.

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